Du théâtre politique au politique théâtral
La guerre de Troie n'aura pas lieu
Par Laëtitia Leroy
Le 22/02/2026
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Pâris a enlevé Hélène aux grecs, sous les yeux de leur roi Ménélas, également son époux. Cet affront mènera-t-il à la guerre ? Hector et Andromaque font tout pour l’éviter. Mais autour de lui et d’elle, toustes la cherche.
Un sujet qui peut nous sembler lointain. Et pourtant… Le metteur en scène, Edouard Dossetto, également diplomate, appuie la vocation profondément politique de cette pièce en nous plongeant dans une version modernisée. Non par le texte, qui est quasiment fidèle à l’original, mais par ses choix. La scénographie nous laisse imaginer une salle de réunion de personnalités politiques : grande table en bois, micro, café servi dans des gobelets et téléphone rouge permettant de parler aux dieux et aux déesses. Seuls des drapeaux et des casques nous rappellent que nous sommes dans un autre temps et dans un autre lieu.
Cassandre devient une IA, voix robotisée qui annonce ce qu’elle sait être vraie sans que personne ne la croie. Priam, le roi troyen, ainsi que des dignitaires apparaissent par webcam, donnant leur avis tout en étant bien loin de la réalité. Les comédien·nes sont en costumes, comme prêt·es à tout moment à démarrer une réunion. Ce qui est très pertinent au vu de la construction de la pièce de Jean Giraudoux qui repose essentiellement sur le discours et les joutes verbales (quelques pépites, j’ai notamment envie de citer le discours aux mort·es). Le texte est cynique, mordant et jubilatoire. Les comédien·es, toujours justes, le portent à la perfection, sans jamais ajouter de fioritures. Des touches d’humour sont également distillées tout au long du spectacle, créant des respirations, entre autres grâce au personnage de Démokos, poète belliqueux qui est joyeusement ridiculisé.
Le spectacle met en avant l’absurdité de la guerre, un thème malheureusement encore très actuel. Car finalement, la question n’est pas si la guerre de Troie aura lieu mais plutôt pourquoi elle aura lieu. À cause de la beauté ? Pour une mauvaise position des voiles d’un bateau ? Pour une gifle ? Ou un mensonge ? La guerre de Troie n’aura pas lieu est une véritable tragédie. La guerre y semble inéluctable, malgré toute la fougue et l’abnégation d’Hector et d’Andromaque pour l’empêcher. Jean Giraudoux a écrit cette pièce dans les années 30, en parallèle de la montée du nazisme. La monter aujourd’hui apporte des réflexions importantes sur la société actuelle. Et si l’Histoire semblait se répéter uniquement parce que nous la laissons se répéter ?
La pièce illustre parfaitement l’inaction des politiques, qui parlent parfois plus qu’iels n’agissent. Mais ici, une question intéresse particulièrement le metteur en scène : qui est le plus inactif ? Ne serait-ce pas les spectateur·ices assis·es dans le noir ? Et j’ajoute : Ont-iels la possibilité d’agir ? N’observent-iels pas impuissant·es ceux et celles qui ont le pouvoir ? Les questions ouvertes sont donc monstrueusement actuelles et pertinentes. Et donnent envie de se lever de notre fauteuil et d’aller voter aux municipales les 15 et 22 mars. Cessons d’être silencieux·euses et peut-être pourrons-nous changer le cours du destin…
La guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux
Du Collectif Nuit Orange / Mise en scène : Edouard Dossetto
À voir actuellement au Festival d’Avignon du 4 au 25 juillet à 14h50 relâche les 8, 15, 22 juillet au Théâtre des Brunes
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