Entre ici Jean Moulin
Que son nom demeure
Par Alan Bernigaud
Le 19/07/2025
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Une table et deux tabourets trônent au milieu d’un dispositif bifrontal. Ces éléments vont permettre de raconter durant 1h le parcours de vie du plus célèbre visage de la Résistance avec panache, précision et même des touches d’humour bien senties.
Que son nom demeure est une enquête collective sur les usages de la mémoire, sur l’engagement comme acte politique, sur ce que l’on sacralise – et pourquoi. Au bout du chemin, une figure émerge, à la fois familière et fuyante : Jean Moulin.
D’où est venue l’idée de créer une pièce biographique consacrée à Jean Moulin ?
Mathieu Touzé : Tout est parti d’un dialogue avec le Musée de la Libération-Jean-Moulin qui est l’un des partenaires du Théâtre 14. Sa directrice, Sylvie Zaidman, est une passionnée. On a visité plusieurs fois le musée ensemble, elle m’a décrit tous les objets présents et un jour, elle m’a dit : « j’aimerais mettre en mouvement la vie de Jean Moulin pour la raconter ».
C’était en 2023, pour les 80 ans de la mort de Jean Moulin, et elle m’a demandé d’organiser un événement important autour. Je ne peux rien lui refuser donc j’ai dit oui et on s’est lancé. On a aussi réalisé des lectures de textes de Louis Aragon dans tout le musée, ainsi qu’une installation dans le bunker situé dans les sous-sol. De quoi nous inspirer pour la pièce !
Comment met-on en scène une vie aussi riche et diversifiée ?
Mon défi était donc de construire à partir de ces éléments qui m’ont touché, comme quand j’adapte des romans en pièce. C’est un geste artistique similaire que j’aime particulièrement.
À quelles difficultés fait-on face quand l’on doit condenser une biographie aussi remplie ?
Ça, c’est très dur. J’ai d’abord créé une ligne temporelle en plaçant tous les épisodes de la vie de Jean Moulin puis on s’est lancé. Les comédien.nes étaient au plateau, j’écrivais et on testait. Ce fut long, mais ça a permis de voir la théâtralité ou non des événements racontés. J’ai décidé de débuter le spectacle aux 18 ans de Jean Moulin et de le suivre jusqu’à la guerre. Il fallait conserver toutes les étapes importantes entre les deux afin de structurer le récit et mieux cerner l’homme.
À travailler sur le sujet, avez-vous l’impression que l’Histoire se répète ?
Me replonger dans tous ces livres d’Histoire m’a montré combien des situations se reproduisent. Par exemple, on relate comment les chefs des différents groupes résistants étaient d’accord sur le principe d’une union, mais chacun voulait que sa vision l’emporte. C’est quelque chose que l’on a vécu avec le Nouveau Front Populaire, aux élections législatives de 2024. L’union était indispensable, mais les leaders essayaient d’imposer leurs méthodes. J’ai souhaité mettre en évidence ces parallèles entre hier et aujourd’hui.
Un seul objet ne quitte jamais la scène : une table. Quel est sa symbolique ?
En redécouvrant l’histoire de Jean Moulin, j’ai compris combien il voulait devenir Préfet. C’était son but ultime depuis le début. Bien aidé par son influent père, il débute comme gratte-papier de l’administration française, puis monte en grade, arpente les ministères et devient le plus jeune Préfet de France à l’âge de 37 ans.
Diriez-vous que votre pièce est un exemple typique de théâtre de tréteaux?
Vous êtes directeur du Théâtre 14, à Paris. Comment se porte-il ?
Le Théâtre 14 va super bien ! C’est génial de vivre cette expérience. Là, on va agrandir le hall car le public est de plus en plus important. Ça fait désormais 5 ans que vous m’aviez interviewé pour le podcast à nos débuts. Depuis, on a grandi, créé de nombreux événements, rencontré de nouveaux publics et artistes, mis en place des cours de théâtre…
Voilà pourquoi il faut vraiment financer la culture, il s’agit d’un service public indispensable. On ne se rappelle pas des grandes civilisations par leurs modèles économiques, mais par leur culture. C’est ce qui nous rend plus grands ensemble !
Du Théâtre 14 à Que son nom demeure, la notion d’éducation populaire est très forte !
Oui, j’étais d’ailleurs vraiment très heureux quand la directrice du musée Jean-Moulin m’a fait part de son envie d’animations et d’un spectacle pour raconter l’Histoire, principalement auprès des scolaires. Faire vivre et résonner le théâtre avec un musée devant des jeunes, c’est juste génial. C’est ce qui m’émeut plus que tout, car faire du théâtre public, c’est vouloir faire un théâtre de transmission. C’est montrer aux gens que le théâtre peut changer le monde.
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