Une ode au voyage
L'Alchimiste
Par Alan Bernigaud
Le 19/07/2025
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Le chef d’œuvre de Paulo Coelho est sublimé dans cette adaptation mise en scène par Benjamin Bouzi et interprétée par les comédien.nes de la compagnie Les Vagabonds depuis déjà cinq ans dans toute la France et au Festival Off d’Avignon.
A la suite d’un rêve récurrent lui révélant l’existence d’un trésor caché au pied des pyramides, Santiago, un berger espagnol, décide de partir à sa recherche. Son périple le conduit de son Andalousie natale à l’Égypte, en passant par le port marocain de Tanger et par le désert du Sahara.
Ce voyage mènera Santiago à la rencontre de nombreuses personnes marquantes dont l’Alchimiste, qui lui apprendra à écouter son cœur, à lire les signes du destin et, par-dessus tout, à aller au bout de son rêve.
Comment s’est déroulée votre rencontre avec l’œuvre ?
Benjamin Bouzy : Étonnamment, j’ai découvert assez tard ce roman puisque c’était en 2021, en rentrant du Festival d’Avignon où l’on venait de jouer Le Petit Prince. J’étais dans le camion pour Paris avec le décor et j’écoutais le livre audio de L’Alchimiste. C’était encore le moment du roman est un hymne au voyage.
Pour moi, cela faisait sens de l’adapter en spectacle cette période complexe. Je me disais qu’en sortant de la pandémie, les gens auraient envie de voyager tant de manière physique que spirituelle. J’ai directement eu l’idée et l’envie de l’adapter, alors j’ai vite commencé à imaginer comment ça pourrait rendre. Je me disais qu’en sortant de la pandémie, les gens auraient envie de voyager tant de manière physique que spirituelle.
Comment adapte-t-on un roman en pièce ?
Adapter, c’est trahir. On a envie de garder le maximum de choses pour rester fidèle, mais on ne peut pas tout mettre d’où la difficulté d’adapter un texte. Alors il y a plusieurs étapes à mener. Tout d’abord, lire et relire le roman afin de saisir les messages les plus importants à retenir. De là, j’ai écrit une version qui durait plus de 2h30 rien qu’en lecture avec les comédien.nes. Cela a permis de révéler des scènes non essentielles et d’autres incontournables et d’ajuster en fonction.
On coupe petit à petit et la pièce se construit ainsi jusqu’à une première représentation. On s’appuie alors sur les retours du public pour ajuster, couper encore, modifier le rythme… Et un jour, on obtient la version finale ! Cela dit, après 5 ans de représentations, le texte et sa durée évoluent encore parfois pour s’adapter aux créneaux des théâtres.
Lire des romans est-il important dans votre processus créatif ?
C’est quelque chose qui me porte, car j’adore lire des romans. Les pièces de théâtre sont écrites dans le but d’une adaptation, elles sont tellement pensées pour la scène qu’elles bloquent mon imaginaire, alors que quand je lis un roman, il me procure une sensation de très grande liberté dans l’adaptation. On retrouve beaucoup de détails, de personnages, de lieux, etc. Le défi de retranscrire tout cela sur scène m’amuse beaucoup. J’ai cette envie de faire voyager les spectateur.rices afin qu’iels travaillent leur imaginaire !
Comment fait-on voyager le public au théâtre ?
Le théâtre a un véritable pouvoir évocateur. On propose une image qui, parfois, peut ne pas prendre, car certain.es spectateur.rices ont besoin de plus de concret. Donc on essaie de proposer des règles du jeu au public en lui disant que l’on va l’emmener avec nous. Grâce à quelques caisses et des draps, il peut voir le désert, les pyramides et d’autres endroits. Mais à quel moment le public est transporté ou non ? C’est quelque chose qui est du domaine du sensible.
Nous essayons d’apporter une atmosphère, qu’elle soit auditive avec la musique et des sons divers, olfactive avec des odeurs de fumée, visuelle avec la lumière ou même gustative en proposant du thé à boire. On va se servir de tous les sens pour faire voyager le public au travers d’un pari : dire qu’il n’y a pas besoin de quatre murs pour représenter une maison. Une table et une ambiance suffisent.
De quelle manière avez vous réfléchi le sujet des langues étrangères ?
On a deux actrices en alternance pour les mêmes rôles. L’une, Myriam Anbare, est Marocaine et dit des phrases en arabe que l’autre, Roxanne Bennett, ne prononce pas car elle est Américaine et joue plutôt avec son accent anglophone. On use donc des langues pour rendre plus identifiables les personnages sans en faire trop. Il faut aussi une certaine légitimité. L’accent arabe aurait pu être joué seulement si c’est Myriam qui l’avait pris. L’accent anglophone est lui joué par une Américaine.
À l’inverse, mon personnage de Santiago est Espagnol, ce qui n’est pas mon cas, donc je ne prends pas d’accent. En résumé, ce qui est évitable on l’évite, ce qui est utile, on l’ajoute en faisant attention à la question de la légitimité de chacun.e.
Comment évite-t-on d’entrer dans les clichés de représentations ?
Entrer dans l’archétype sans tomber dans la caricature et les préjugés, c’est délicat car il ne faut pas restreindre tout un peuple à quelques clichés faciles. Il existe toujours un risque à user des archétypes donc on essaie d’être vigilants. En vérité, tant qu’il n’y a pas de rencontres avec le public, il est difficile de savoir si ça marche ou si ça tombe dans les clichés, le racisme, etc. On a essayé de faire attention aux éléments qui sont dans les mœurs, certaines choses passent, d’autres non. Il faut être attentif à ça.
En tant que metteur en scène, je ne me mets pas de limite au départ, mais je reste vigilant tout au long des répétitions à ce qui marche ou non, ce qu’il faut resserrer et surtout, j’écoute les retours pour ce qui doit changer.
De quelle manière aimez-vous penser vos mises en scène ?
J’aime les décors qui se transforment, qu’un élément soit utile et surprenne le public. L’ingéniosité me plaît et on essaie d’en faire preuve dans tous nos spectacles. Au départ, j’ai souvent des idées très complexes et au fur et à mesure des répétitions, on se rend compte qu’on a besoin de moins en moins de choses.
C’est pour ça qu’on commence toujours à travailler sans rien. Un comédien, Kevin Poli, a proposé d’utiliser des cagettes et on s’est rendu compte qu’on pouvait s’en servir pour faire une table, les pyramides ou un bateau. Après quoi on a réfléchi à l’usage de tissus qui servent tant pour faire des voiles que des tentes ou même évoquer une tempête de sable. Pour cela, on a dû trouver un tissu très léger et sensible. Tout vient de la recherche : on expérimente au plateau jusqu’à trouver la forme qui nous plaît.
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