Notre (premier) top 5 du Festival Off d’Avignon 2026
Par Alexandra Vépierre
Le 19/07/2026
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Pour cette 60e édition du Festival Off d’Avignon, Hors-Scène était à nouveau présent entre les remparts de la cité des Papes à la recherche de nouvelles pépites parmi les quelque 1800 spectacles proposés. Et nous n’avons pas été déçu.es ! Voici notre premier top 5 !
Monstre-Moi de Laëtitia Leroy
Monstre-Moi / ©Tommaso Morello
Écrit et mis en scène par Laëtitia Leroy, cofondatrice de Hors-Scène, ce thriller psychologique propose un huis-clos déroutant entre une tueuse en série arrêtée par la police, et une psychiatre chargée d’établir sa responsabilité durant les meurtres.
Au fil des entretiens, se dessine une relation troublante entre les deux femmes, à base de manipulation, rapports de domination et fascination. La tension monte, et l’atmosphère devient oppressante, tandis que des motifs se répètent étrangement. Voix off, musique inquiétante, jeux de lumière, l’emprunt aux codes cinématographiques du thriller fonctionne bien, laissant le public se débattre avec quelques nœuds au cerveau. Enfin, la pièce aborde des questions plus profondes – qu’est-ce qu’un monstre dans le monde des humain.es, comment les gérer à l’échelle de la société ? – et propose des personnages féminins complexes, tout sauf binaires.
Du 4 au 25 juillet à 20h35 au théâtre de l’Oriflamme, relâche les jeudis.
Retrouvez l’entretien avec Laëtitia Leroy sur la genèse de Monstre-Moi
Parler pointu de Hélène François et Benjamin Tholozan
Parler Pointu / Studio21
Qu’est-ce qu’on perd quand on abandonne son accent ? Benjamin Tholozan, à l’écriture mais aussi interprète principal, part d’un constat : alors que toute sa famille parle avec l’accent du midi, il est le seul à “parler pointu”, à avoir gommé son accent pour devenir comédien. Avec un dynamisme jubilatoire et un foisonnement de formes, Parler Pointu raconte l’abandon progressif des parlers régionaux et des accents, et ce que cette perte revêt à la fois d’intime, de violent et de politique.
Des croisades du Pape Innocent III, à l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, jusqu’au premier dictionnaire écrit par l’Académie française, la pièce revient sur l’histoire de la langue française et de son monopole. Benjamin Tholozan, hilarant et à l’énergie débordante, saute d’un personnage à l’autre avec chacun.e son parler caractéristique : son pépé, Innocent III, Louis XIII, puis chacun.e de ses proches lors d’une parodie savoureuse de repas de famille. Passionnante et nécessaire, cette épopée musicale nous fait entendre l’occitan et nous donne envie de s’intéresser de plus près à nos régions.
Du 4 au 25 juillet à 18h10 au Théâtre des Carmes, relâche les mercredis.
Mécanique d’une famille de Martin Kindermans
Mécanique d’une famille / ©Martin Kindermans
Avec humilité, tendresse et émotion, Mécanique d’une famille nous plonge dans l’histoire violente de la dernière dictature argentine (1976-1983), durant laquelle des centaines de nouveau-nés ont été arrachés à leurs parents, puis confiés à des familles proches du pouvoir. On suit alors deux sœurs qui se retrouvent en 2009 après 10 ans d’absence. Avant de fuir, la première avait découvert faire partie des 500 enfants volés sous le dernier régime militaire argentin, tandis que la seconde est la fille d’un des officiers responsables de ces vols.
Le spectacle enchaîne les allers-retours entre 2009 et les années 70, quand les parents biologiques de la première sœur enquêtaient sur les tensions politiques pré-dictatoriales en tant que journalistes. Quête de sa propre histoire, mémoire familiale et collective, traumatismes qui se perpétuent, Mécanique d’une famille explore les répercussions intimes d’un mensonge d’Etat et la reconstruction des vies fauchées. Alors qu’aujourd’hui encore les Grands-mères de la Place de Mai recherchent toujours leurs petits-enfants disparu.es, le spectacle interroge aussi le concept de famille avec douceur et humour, via trois comédien.nes justes et attachant.es.
Du 4 au 25 juillet à 17h35 au théâtre de l’Oriflamme, relâche les jeudis.
Retrouvez l’entretien avec Martin Kindermans sur la genèse de Mécanique d’une famille
Filles d’Ariane de Martin Kindermans
Filles d’Ariane /©Alexandra Vépierre
Décidément trop fort ce Martin Kindermans et la compagnie du Petit Manteau Jaune ! Après avoir adoré Mécanique d’une famille, nous sommes allés voir leur première création jouée également à Avignon, Filles d’Ariane, et nous avons à nouveau été sous le charme !
Alors qu’on lui a toujours caché son histoire et celle de sa mère, Fleur, une adolescente pétillante et malicieuse, débarque chez Léandro, ex-ami de la famille, pour lui tirer les vers du nez. A travers un nouveau décor coloré, original et modulable, les différents éléments de son histoire se réagencent, comme les pièces d’un énorme puzzle, au gré des récits de Léandro. Les souvenirs joués nous permettent de découvrir les événements qui ont précédé la naissance de Fleur et les personnages principaux de son histoire, notamment sa mère, Ariane, danseuse.
Disputes, séparations amicales et amoureuses, deuil… Ce qui pourrait ressembler à un drame est présenté avec légèreté, humour et dynamisme. Piano, danse classique, extraits sonores du ballet La Bayadère de Léon Minkus, les allers-venus entre présent et passé nous gardent en alerte avec un suspense extrêmement maîtrisé, jusqu’à ce que l’ultime pièce du puzzle soit placée. Une belle manière de s’interroger sur l’amour (amical, familial, amoureux), la puissance des serments et les différentes manières de faire famille.
Du 4 au 25 juillet à L’espace Alya à 12h25, relâche les mercredis.
Panaris de Lotus Guibot et Maud Sauvage

Panaris de la compagnie GR21/©Llawen Carbonnell
Sommes-nous libres ? Ou bien sommes-nous comme les saumons, déterminés dès la naissance ? Dans ce spectacle dynamique, deux histoires s’entrecroisent : celle, improbable, du saumon Edmond qui décide de ne pas retourner dans la rivière où il est né pour se reproduire contrairement à ses comparses, et celle de quatre ami.es (humain.es) qui interrogent leurs rapports de classe.
A travers un sondage réalisé auprès du public sur ses goûts culturels, une vente aux enchères télévisée, des saynètes entre les ami.es ou un podcast où Edmond le saumon est l’invité, Panaris s’empare avec humour de La Distinction de Pierre Bourdieu et démontre comment nos goûts et pratiques culturelles reproduisent des hiérarchies sociales. Énergique et loufoque, cette pièce permet ainsi de s’interroger sur nos déterminismes, le mépris de classe, les privilèges ou la fameuse “méritocratie”… Une manière des plus agréables de (re)découvrir Pierre Bourdieu, et d’être confronté, entre inconfort et complicité, à nos propres mécanismes.
Du 4 au 25 juillet au théâtre des Carmes à 13h40, relâche les mercredis.
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