Chronique d'une artiste désabusée :
de l'absurdité d'Avignon
Par Laëtitia Leroy
Le 12/08/2026
Glossaire
Affichage : Avant le début du festival, en général deux jours avant (là le 2 juillet à partir de 22h), les compagnies accrochent leurs affiches dans la ville d’Avignon. Cet affichage est réglementé par un arrêté municipal notamment sur la date et l’horaire de démarrage, les lieux où ne pas accrocher (très nombreux et pas toujours respectés par manque de place) et la demande de retirer ses affiches à la fin du festival. Il y a encore 2-3 ans, cette dépose était assurée par le service de nettoyage de la ville d’Avignon.
Tractage : Action qui consiste pour les compagnies à distribuer leurs tracts et à présenter leurs spectacles au public dans la rue, aux terrasses ou dans les files de spectateur·rices qui attendent d’entrer dans un théâtre. Cela peut prendre plusieurs formes, allant de la simple discussion en solo, au tractage en groupe, jusqu’à la parade. L’objectif étant de se montrer, d’être le plus visible possible pour être retenu parmi les 1 812 autres spectacles.
Montage technique : Installation technique du spectacle dans le théâtre. Ce temps permet entre autres de tester les niveaux sonores, de régler les lumières, de pointer quand le régisseur doit lancer telle musique ou telle lumière. L’idéal est aussi de faire un filage du spectacle puisque, souvent, le régisseur le découvre et nous, de notre côté, on découvre la salle. À Avignon spécifiquement, il est aussi bon de s’entraîner à la mise et démise puisqu’on a très peu de temps pour s’installer et désinstaller avant et après le spectacle.
Les chiffres du festival à 4 jours de la fin
Au 21 juillet, selon AF&C (Avignon, Festival et Compagnies), qui encadre la communication du Festival Off d’Avignon :
– 54 % de taux de remplissage moyen estimé dans les salles
– 1,41 million de billets vendus sur un total estimé à 2,6 millions proposés
– 1 812 spectacles et 48 événements pour environ 27 000 levers de rideau (soit 1 000 levers de rideau de plus qu’en 2025)
– 1 579 compagnies et structures de production (contre 1 400 en 2025)
– 84 000 cartes off vendues au 21 juillet (estimation finale autour de 86 000 contre 80 000 en 2025 et 65 000 en 2024)
– 340 000 billets vendus via Ticket’Off soit 24 % des ventes (une hausse de 15 % de contremarques vendues par rapport à l’an dernier)
– 22 millions d’euros de chiffre d’affaires TTC estimé pour la billetterie du festival Off d’Avignon
Au 12 août, à ma connaissance, nous n’avons pas encore les chiffres finaux.
Les chiffres de LAPAS sur la vente des spectacles
Lorsqu’un spectacle est créé, son objectif premier est d’être vendu car cela assure à la compagnie de récupérer de l’argent peu importe le nombre de spectateur·rices, à l’inverse de la location ou de la co-réalisation. Les acheteur·euses sont souvent des mairies d’où la crise actuelle de diffusion à cause des élections (changement de bord politique, inconnue sur les budgets, etc.). En général, il y a une saison d’avance. Par exemple, en faisant le Festival Off d’Avignon en 2026, on espère vendre des dates pour la saison 27/28, la saison 26/27 étant déjà prévue. Les prévisions de l’étude suivante sont donc très proches de la réalité.
Selon l’étude de LAPAS (L’Association des professionnel·les de l’administration du spectacle) du 25 juin 2026 qui porte sur la diffusion des spectacles en France, il y aurait :
– 37 % de représentations vendues en moins entre les saisons 25/26 et 26/27 alors que les ventes avaient déjà baissées.
– Sur les compagnies interrogées, elles avaient en moyenne 8,7 représentations en 25/26, elles n’en ont plus que 4,7 en 26/27.
– 58 % des compagnies ont moins de 5 représentations prévues sur la saison 26/27. Les compagnies doivent donc faire des choix pour réduire leurs coûts, souvent réduire le nombre d’interprètes, de plus en plus de créations ayant entre 1 et 3 comédien·nes au plateau. D’autres choisissent de réduire les coûts techniques ou encore le temps de répétition.
Le bilan financier du festival de la Compagnie Soleil Noir pour Monstre-moi
Dépenses :
Théâtre : 11 640 €
Salaire brut des comédiennes : 5 359 €
Charges sur ces salaires : 3 186,75 €
Logement : 3 900 €
Chargée de diffusion : 3 000 €
Praticables (pour surélever la scène) : 1 255,55 €
Publicité : 1 044 €
Attachée de presse : 900 €
Droits pour la musique et les voix-off (prévisionnel) : 800 €
Salaire brut du régisseur : 800 €
Charges sur ce salaire : 484,17 €
Inscription pour le programme du festival : 390,60 €
Train : 277,40 €
Impression affiches : 150 €
Goodies : 118,17 €
Les flyers ont été payés par un mécène.
Dépenses totales : 33 305,64 €
Recettes :
Billetterie : 11 848 €
Subventions :
AF&C : 2 194,5 €
SPEDIDAM : 1 300,48 €
FONPEPS (prévisionnel) : 1 239,94 €
Ville de Joinville-Le-Pont (subvention de fonctionnement pour l’année 2026) : 1 000€
Crowdfunding : 4 576 €
Mutualisation transport et logement de Laëtitia avec la compagnie pour laquelle elle a travaillé durant le festival : 536,15€
Recettes totales : 22 695,07 €
Fonds propres : 10 610,57 €
De retour du Festival Off d’Avignon après y avoir présenté ma pièce Monstre-moi au Théâtre de l’Oriflamme, je ressens le besoin d’écrire sur ce que j’ai vécu, vu et entendu au festival. Celui-ci m’a fait énormément réfléchir et mise en colère sur un système qui entrave de plus en plus les artistes. Ceci est un récit personnel et subjectif même si je cherche également à apporter des chiffres concrets. Il existe une sorte d’injonction à « faire Avignon » et même aimer Avignon qui me semble de plus en plus absurde, surtout au regard des évolutions vers lesquelles le festival tend. J’ai envie d’en parler mais surtout d’ouvrir la parole pour peut-être améliorer les choses.
Et soudain, le Festival d’Avignon prend fin. Le vide m’envahit, je ne peux plus ni pleurer, ni sourire. Je danse avec les autres, je range la maison, le décor ; on va partir, voilà. Je regarde en arrière ce mois qui m’a tant pris et tant donné. Ce n’est pas le premier, surement pas le dernier malgré tout ce que je dis. La dernière fois déjà, je m’entends encore : « je ne reviendrai plus ». Je suis revenue avec le même espoir dans les yeux, la même folie dans le coeur, la même énergie dans les tripes.
Premier jour. J-7 avant le début officiel du Festival Off d’Avignon et donc la première de Monstre-moi. L’installation, le retour, le bonheur de ré-arpenter ces rues qui signifient que le théâtre vit encore. La culture est en crise et c’est une réalité : les baisses de subvention, les annulations, la crainte de l’avenir… La situation économique va tuer la diversité des créations. Un petit groupe pourra continuer à fonctionner, et bien sûr, on le sait, ce sera toujours les mêmes… (cf. l’encadré sur l’étude de LAPAS ci-contre) Alors, en attendant, on se sent chanceuse d’être au festival.
Troisième jour. Montage technique. On a six heures, il ne faut pas se planter. Bien sûr, malgré l’implication de toute l’équipe, ça va trop vite, on voudrait avoir plus de temps, on veut toujours plus de temps. On grappille comme on peut mais ça ne suffit pas à faire tout ce qu’on aurait aimé pour se sentir prête. Est-on jamais prête ?
Cinquième jour. On n’est pas encore fatiguée, on affiche, on se dit « qu’elles sont belles nos affiches », « y en a des vachement bien placées ». On est fière, on boit des coups en imaginant le public, l’effervescence, les rencontres. On établit les stratégies : « à quelle heure ? Quelles files tracter ? Quelles pièces irons-nous voir ? Qu’est-ce qu’on va manger ? J’ai vu une recette… » On a confiance. Bien sûr, on sait qu’il va falloir énormément bosser mais on se dit que tout ce travail sera récompensé.
Et soudain, c’est le début, on le savait et pourtant on ne l’avait pas vu venir. On se met à parler, beaucoup, toute la journée. « Il vous reste de la place dans votre planning ? », « Je peux vous présenter un spectacle, peut-être deux ? », « Vous aimez les thrillers, les faits divers ? », « Non ? Vous êtes sûr·es ? », « Qu’est-ce que vous faites à 20h35 ? » On présente notre spectacle, au début on a peur un peu, on doute beaucoup de notre pitch, on tente des choses passionnément, on donne de l’énergie à la folie. Et puis on se rôde, on répète, on répète, on répète, c’est notre job après tout.
Les premières salles, les premiers retours, de très bons retours en plus. Les premiers articles, l’euphorie de lire les mots qui louent notre travail. L’espoir est encore présent, on se dit que ça va décoller, ça ne peut que décoller, non ? Pitié, ça ne va pas recommencer ? Cette fois, on a tout bien fait comme il fallait. Mais est-ce que les règles existent à Avignon ?
Huitième jour. Neuvième, dixième… Le temps à Avignon disparaît, s’échappe et toustes, artistes comme public, on le cherche, on lui court après. 10 minutes pour s’installer, 10 minutes pour changer de théâtre, pour manger, 10 minutes pour se reposer et après on repart tracter car ce soir, il n’y a que 9 réservations. Et si on se donnait le luxe de se donner plus de temps ? N’y a-t-il pas trop de spectacles ? Trop de créneaux dans les théâtres ? S’il y en avait moins, pourrions-nous souffler un peu ?
Treizième jour. Le festival va trop vite, on court, on n’a pas le temps. Plus le temps d’espérer, il faut du public dans nos salles, c’est maintenant, après ce sera trop tard. Il nous faut plus de presse, plus de programmateur·rices. Parce qu’on pense aussi à la suite. L’objectif d’Avignon, c’est aussi de vendre le spectacle pour qu’il se joue ailleurs. Et soudain, j’entends « on a déjà fait notre programme », « on est complet », « on ne vient qu’aujourd’hui alors on a tout prévu », « avant c’était mieux, tout n’était pas complet, on pouvait se décider sur place ». Tout ? Tout est complet, vraiment ?
Seizième jour. Justement, on est complet ! D’accord, demain, il y a la demie-finale de la Coupe du Monde en même temps que nous alors on sait que la concurrence est rude. Certain·es ont annulé leurs représentations ce jour-là… Mais après ça va remonter, on ne peut pas remplir une salle puis ne plus la remplir ? Si ? Les émotions sont folles. J’entends « Bravo », « Vous êtes dans mon top 4 », « Difficile de trouver un spectacle aussi bien que Monstre-moi », « Merci, c’était incroyable », « Vous direz à vos comédiennes qu’elles sont trop fortes », « Quelle écriture, quelle subtilité ». Je me dis ça y est, je me suis tellement battue depuis 10 ans pour que mes projets existent, j’ai tellement galéré, tellement pleuré, cette fois c’est la bonne. Je vais peut-être enfin trouver ma place. Enfin savoir pourquoi je fais tout ça, pourquoi je continue, pourquoi je suis incapable d’arrêter.
Et soudain, sans transition, je comprends que je vais me prendre une claque. Une claque financière. La recette ne sera pas celle que j’espérais. On est à mi-festival, je commence à pleurer, à stresser. J’ai vidé mon livret A, je fais quoi après si je ne remplis pas ? Je devrai arrêter ? Ça se finira comme ça ? Parce que je n’ai pas eu assez de public à Avignon ? Et pourtant, on en a du public, bien sûr on n’est pas complet mais on fait toujours plus de la moitié de la salle, et plus. Et on me dit qu’on s’en sort bien, que je devrais être contente, car il y en a qui rêverait d’avoir nos salles. Surtout cette année. Je relativise, je comprends qu’on n’est jamais content·e de toute façon, qu’on veut toujours plus. Comme le temps. Qu’il faut peut-être accepter, se satisfaire de nos petites victoires. En plus, ça y est, les programmateur·rices arrivent, on espère de nouveau, plus pour Avignon, mais pour après, on est déjà dans le futur, à toujours se dire qu’un jour ça va payer. Le temps qui se tord, encore…
Et soudain, j’entends « C’est le pire Avignon de ma vie », « C’est dur, je perds 5 000 euros, 9 000, 13 000, 30 000… », « Il y a moins de monde cette année », « Vraiment moins de monde ». Et puis ce monde, le monde qui crie, les incendies, la chaleur, l’économie, la politique… Nous, bloqué·es dans notre bulle avignonnaise, on ne pense qu’à remplir nos salles à tout prix. Et des prix, on en fait, « 1 place achetée = 1 place offerte », « Tu me mets une détaxe ? », « Une invit’ » ?, « Pour le dernier jour, on fait gratuit », « Oui le premier jour aussi on a fait ça ». C’est pas comme ça qu’on remboursera nos salles… Je vois qu’autour de moi, tellement d’autres compagnies galèrent. Et on le sait, bien sûr qu’on le sait avant de venir, que ça risque d’arriver. Alors pourquoi on continue sans rien changer ? Sans se révolter ? Sans vouloir améliorer ?
Parce qu’on a l’impression qu’on n’a pas le choix. Qu’Avignon est une vitrine, un marché et que si on n’y est pas, ce n’est même pas la peine de croire qu’on va vendre nos spectacles. On se dit que c’est là que ça se passe. Et puis, ça fait rêver quand même, trois semaines de théâtre non stop, notre spectacle qui vit, 19 dates d’un coup, c’est fou. Parce que c’est notre passion, qu’on veut jouer, qu’on veut montrer nos bébés, nos spectacles. Parce qu’on a le rêve que ça marche, qu’on soit repéré·e… Mais est-ce encore possible ? Le modèle tel qu’il existe aujourd’hui est-il encore viable pour tout le monde ?
On continue, on essaye de faire taire les questionnements, à quoi bon questionner, on y est. Il faudra questionner après. Et pourtant, le fera-t-on avec l’épuisement ? Questionnera-t-on les bonnes choses ? Est-ce que ça ne fait pas plusieurs années qu’on se dit qu’il faudrait réinventer ? Réinventer un système qui creuse de plus en plus les différences entre les petites et les grosses compagnies. N’a-t-on pas perdu l’esprit du festival ? À quoi bon remplir des salles de 600 places pour des spectacles qui se joueront des années à Paris et en tournée ? À quoi bon réserver tous les spectacles qui seront complets de toute façon avant même que le festival ne commence ? À quoi bon créer de plus en plus de réseaux de théâtres, caler de plus en plus de salles dans les théâtres, de plus en plus de créneaux dans les salles ? À quoi bon payer 28 euros pour aller voir un spectacle qui n’a pas besoin de nous et demander des réductions à des petites compagnies qui seront en déficit ? Attendez, comment ça s’appelle ça déjà ? Ah, oui, le capitalisme. Ça y est, je repars sur les questionnements, je dois faire taire mon cerveau, me concentrer. Il faut tracter, tracter, tracter encore. On n’en peut plus des vents, des non, certain·es ne se rendent pas compte à quel point ils·elles sont irrespectueux·euses : « au revoir » à un bonjour, « nous, on bosse », donc nous on ne bosse pas ?, et les pires : celles et ceux qui ne répondent pas, ne nous regardent pas comme si on n’existait pas.
Et j’entends les conditions des artistes, beaucoup ne sont pas payé·es ou si peu… « 8 heures, 100 euros pour la première semaine. », « à la recette » alors qu’on sait bien qu’il n’y en aura pas, « on ne se paye pas »… Logé·es n’importe comment dans des hébergements insalubres ou loin de la ville et hors de prix. Le prix encore, ce prix qui revient. Le festival a un coût et il est très élevé. Mais ça ne se dit pas bien sûr. Sur Instagram, on sourit, on dit le bonheur de jouer, on raconte une histoire comme ce qu’on fait sur scène. On raconte l’histoire qu’on veut. Qu’on pense qui nous permettra de continuer. Oui, car il faut montrer, montrer que tout va bien, qu’on fait des complètes, que les gens nous aiment, encore des complètes, et la presse qui est là. Parce qu’il faut donner envie, de venir nous voir, de nous programmer ailleurs. On vend du rêve. Le prix à payer ? Nos cauchemars.
Bientôt la fin du festival, je ne sais plus du tout ce que je fais là. J’erre dans les rues, déprimée. Je hais le festival, je veux tout révolutionner. Et pourtant chaque soir, je souris et je dis « si vous avez aimé le spectacle, parlez-en autour de vous. » Tous les soirs, je reprends espoir avec les si beaux retours du public, et l’émotion des applaudissements. Et chaque matin, je me demande à quoi ça rime. J’ai l’impression que tout ça n’a aucun sens. Pourquoi est-ce que je paye un théâtre 11 640 euros, une maison même pas si ouf 3 900, des praticables 1 255,55 qui ne servent même pas tant vu qu’au fond on ne voit rien dans tous les cas ? Pourquoi est-ce que je paye tout ça quand la billetterie ne couvrira que la salle ? (et ça je ne le sais pas encore à ce moment-là, la billetterie pourrait ne même pas couvrir la salle).
Et les chiffres sortent (cf. l’encadré sur les chiffres du festival). 54 % de remplissage des théâtres pour le Off. C’est ridicule, c’est absurde. Ça veut dire qu’il y a 2 fois trop de salles, 2 fois trop de spectacles, pas assez de spectateur·rices pour tout le monde. Alors quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’on est trop ? Qu’il faut réglementer le festival ? Mais comment ? Car alors, qui risquerait de pâtir de ça et de disparaître ? Probablement toujours les mêmes (mais bon, on en pâtit déjà, alors…). Un autre chiffre. 200 000 billets en moins de vendus par rapport à l’année dernière. Forcément, tout est de plus en plus cher et il y a de plus en plus de salles et de spectacles. J’aimerais savoir à qui profite le Festival Off d’Avignon. En l’état, est-il encore utile aux compagnies ? À l’origine, il était censé être liberté, il ne devient que contraintes. A-t-il encore un sens aujourd’hui ? Il serait temps de se demander : pour qui faisons-nous le festival d’Avignon ? Pour les programmateur·rices qui viennent de moins en moins ? Qui programment de moins en moins ? Pour la presse, alors que certains médias demandent désormais aux compagnies de payer pour parler de leurs spectacles ? Pour le public qui doit chaque année venir moins longtemps, voir moins de pièces, payer plus cher ? Et si on arrêtait cette escalade absurde vers le rendement à tout prix ? Il y a quelque chose de pourri dans le royaume d’Avignon. Et on laisse faire.
Je n’ai pas de solution. Je ne vais pas avoir la prétention de dire ce qu’il faut faire car un petit nombre de personnes n’a pas à décider pour les autres. Mais je pose des questionnements car le modèle du festival m’interroge énormément. J’appelle à une vraie réflexion commune, entre compagnies, artistes, théâtres et public. J’appelle les compagnies et les théâtres à la transparence sur leurs comptes et je vous partage mon bilan dans l’encadré ci-contre. Car il serait temps d’expliquer pourquoi tout est si cher. Que le public sache ce qu’il paye en allant au théâtre et que les compagnies sachent ce qu’elles payent en signant un lieu. Qu’on remonte à la source pour comprendre et pour changer les choses… J’aimerais savoir combien d’argent est perdu et où il va. J’aimerais comprendre à quoi sert encore ce festival. Car il ne semble plus servir aux découvertes, aux créations, à l’émulation artistique. Et si tout le monde est d’accord avec ça, alors soit, c’est très triste mais soit. Cependant, je ne suis pas sûre que ce soit le cas. Alors, parlez. Parlons.
Et soudain, le Festival d’Avignon prend fin. J’écris mes questionnements sur le papier. Et un autre questionnement émerge, le plus étrange de tous : « est-ce que j’y retourne l’année prochaine ? » Est-ce de l’inconscience, du masochisme ? Suis-je coincée dans un système ? Finalement, ce qui décrit le mieux le Festival Off d’Avignon, c’est un petit goût de reviens-y. Et si on sortait ensemble de la matrice ?
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