Comment crée-t-on un spectacle de rue ?
Scène 8 - La rue de l'amour et du hasard
Par Alexandra Vépierre
Le 27/10/2020
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Comment crée-t-on un spectacle de rue ? Comment fonctionne ce secteur en France ? Quel impact a la crise actuelle sur ce milieu ?
Ce sont les questions que l’on a posées à Guillermina Celedon et Jean-Raymond Jacob. Guillermina est directrice artistique du collectif Plateforme avec lequel elle a créé deux spectacles dans l’espace public : TRAFIC et Seul.e.s. Jean-Raymond est auteur et metteur en scène de la compagnie Oposito, et directeur artistique du Moulin Fondu qui est un Centre national des arts de la rue. Tous deux se connaissent très bien puisque le Moulin Fondu a accompagné le collectif de Guillermina dans la création de ses spectacles.
Les arts de la rue concernent toutes les formes artistiques (performance, danse, théâtre, musique, cirque, opéra etc.) qui se déroulent dans l’espace public. Ces manifestations culturelles n’ont d’ailleurs pas forcément lieu dans la rue mais peuvent investir des parkings, des bâtiments en construction etc. [1.28]
Une culture pour tous
Jean-Raymond a d’abord commencé le théâtre dans les salles quand Guillermina a débuté dès l’enfance en jouant dans des espaces publics. Les deux artistes ont été séduits par la diversité du public que permet la rue et la possibilité d’une culture pour tous et toutes, gratuite et accessible [4.58]. Le public est d’ailleurs très varié car les arts de la rue touchent aussi bien les habitué·es que des spectateur·rices moins averti·es qui tombent sur les spectacles par hasard [7.36]. La place des spectateur·rices dans la dramaturgie est fondamentale. Jean-Raymond se voit comme un « dresseur de foule » quand Guillermina préfère accompagner le public dans son placement tout en préservant une grande part de liberté [12.16].
« J’avais l’envie d’une gratuité, d’un théâtre et d’une culture pour tous et j’ai la sensation que c’est plus facile de venir voir des spectacles dans l’espace public. » – Guillermina Celedon
Dans la création d’un spectacle de rue, la scénographie a une place très importante. Certains éléments sont à prendre en compte, comme savoir si les artistes vont jouer de jour ou de nuit, établir la jauge du public ou choisir entre déformer l’espace public ou s’y intégrer. Point également primordial : la météo, qui peut être variable, d’où la nécessité de créer des spectacles imperméables [15.10].
Mais si aujourd’hui les mairies et préfectures autorisent et organisent la venue des artistes de rue, cette discipline est assez jeune et sa prise en compte très récente. En quarante ans, Jean-Raymond a participé à faire reconnaitre le métier et créer un cadre juridique, lui qui finissait auparavant au commissariat pour avoir joué dans la rue. C’est d’ailleurs grâce à l’argent public que les artistes sont rémunéré.es aujourd’hui [23.55].
« Il y a 40 ans, on finissait assez vite au commissariat. On était un peu des ovnis, ça n’existait pas ce qu’on faisait. Aujourd’hui ce sont carrément les motards qui nous ouvrent la route donc il y a eu du chemin. » – Jean-Raymond Jacob
Enfin, Guillermina et Jean-Raymond reviennent sur la crise actuelle qui impacte directement leur profession car il.elle ne peuvent pas jouer. Cette situation les révolte car il.elle affirment avoir une assez bonne connaissance de leur public pour pouvoir mettre en place des mesures pour respecter les gestes barrières [26.28].
Œuvres conseillées :
- La compagnie Les Arts Oseurs de Périne Faivre
- Attentifs Ensemble de la compagnie Ici-même
- Monstre(s) d’Humanité de la Compagnie N°8
- Rictus de Garniouze
- Marie-Do Fréval et sa compagnie Bouche à bouche
- Macbeth du Théâtre de l’Unité
Références citées :
- Teatro del silencio [6.27]
- Compagnie Royal de Luxe [17.45] [21.00]
- The Bread and Puppet Theatre [23.18]

Avec Guillermina Céledon
Guillermina commence le théâtre très jeune au sein du Teatro del Silencio, qui mêle théâtre, danse et cirque. Elle joue dans plusieurs spectacles de cette compagnie en France et à l’international avant d’intégrer le conservatoire Jacques Ibert à Paris, qu’elle termine par un cursus dédié à la mise en scène. Elle joue ensuite dans divers spectacles, notamment du Teatro del Silencio mais aussi de la Compagnie C.O.C/Crée ou crève.
Guillermina est aujourd’hui directrice artistique du Collectif Plateforme avec lequel elle a créé deux spectacles dans l’espace public : TRAFIC, un spectacle sur la prostitution et le trafic sexuel qui a remporté “Ecrire pour le rue” et “Auteurs d’Espaces” (concours SACD) et Seul.e.s, un spectacle qu’elle aurait dû jouer actuellement.
© Gaia Rasse Casanova

Avec Jean-Raymond Jacob
Jean-Raymond est auteur et metteur en scène de la compagnie Oposito et directeur artistique du Moulin Fondu qui est un Centre national des arts de la rue. En 1983, il rejoint la compagnie Oposito créée par Enrique Jimenez. Depuis, la compagnie a monté une vingtaine de créations, inventé une cinquantaine d’événements en Europe, en Afrique et en Asie, dirigé trente fêtes urbaines, créé deux festivals (Grains de Folie, les Rencontres d’Ici et d’Ailleurs à Noisy-le-Sec et Rue des Vendanges à Bagneux), et fondé le Moulin Fondu. En plus de tout ça, il participe depuis vingt-cinq ans à la structuration et à la reconnaissance des arts de la rue. Il contribue par exemple en 1997 à la création de la Fédération Nationale des arts de la rue qui regroupe aujourd’hui plus de 200 professionnel.les de ce secteur.
Crédits :
Générique réalisé par Thomas Rodriguez
A partir de la musique : Winters Call
Auteur : Mattias Westlund
Source : http://mattiaswestlund.net/
Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d’informations.
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